04 oct 2019 | Actu Numérique

Face la pénurie quelles solutions ?

80 000 postes à pourvoir dans le numérique (1) c’est le chiffre annuel qui fait débat alors que le chômage en France reste à près de 9% (8,7 % Juin 2019) (2)

Il est aujourd’hui bien connu que les filières classiques ne sont pas à même de former autant de personnes qu’il est nécessaire dans le domaine de l’informatique. 

Pour faire face à cette pénurie, il est donc temps d’élargir ses horizons et d’aller vers des alternatives à la voie royale du bac +5 universitaire ou issue de filière ingénieur. Certaines de ces formations affichent un taux d’insertion tout à fait correct jusqu’à 58 % dans les 3 mois qui suivent la formation.(2)

Plusieurs solutions ont émergé ces dernières années du côté des formations IT :

La star venue des États-Unis est la formation appelée « BootCamp ». Ce type de formation a connu un coup médiatique fort
au moment de la création par Xavier Niel de l’école 42, l’idée étant d’immerger les candidats dans un projet, de diriger la formation uniquement sur un pan pratique et donc par l’apprentissage d’un langage.
 

De cette façon, les étudiants, par le biais d'un cursus variant de quelques semaines à quelques mois (maximum 7 mois en général) pourront accéder au « Graal » et revendiquer le titre de développeur à la sortie de leur formation

L’objectif de ces « BootCamps » n’est pas de concurrencer les formations dites « classiques » mais bien de pouvoir apporter aux étudiants les outils nécessaires pour devenir un développeur ou une développeuse avec une spécialisation de langages. 

Il reste à noter que les dispositions gouvernementales sont venues encadrer ce type de formations accélérées. Le gouvernement a mis en place en 2015 le dispositif de labellisation Grande école du numérique qui aujourd’hui compte 750 formations labellisées. Les partenaires institutionnels tels que Pôle Emploi ont dans le même objectif mis en place de nouvelles initiatives telles que le POE (3),

Ceci permettant à des profils dits « atypiques » (en reconversion, en chômage de longue durée, etc.) de pouvoir se projeter dans un nouveau projet professionnel. 

Que pouvons nous attendre de ces étudiants issus de formation accélérée en informatique?

Le but n’est certainement pas de considérer un candidat qui sort d’une formation accélérée de la même manière qu’un étudiant qui, après 5 ans sur les bancs de l’école, entrera sur le marché de l’emploi. 

Mais sachons reconnaître à chacun sa valeur. 

En effet, les étudiants issus de formation accélérée se sont essentiellement concentrés dans l’apprentissage d’une « stack » technique précise et en connaissent bien les rouages. 

Alors quand la majorité des profils de développeurs logiciels recherchés par les employeurs se concentrent sur les compétences techniques : JS, JAVA et PHP. Il semble tout à fait adapté de se pencher sur la question d’intégrer un candidat ayant suivi une formation courte. 

Ils ont une connaissance précise de ce que renferme le langage et seront très rapidement opérationnels si tant est qu’ils soient accompagnés et que leur feuille de route soit correctement définie. 

Outre leurs connaissances acquises, ces profils ont beaucoup à apporter aux entreprises. Ils ont en général déjà eu une première vie professionnelle, les personnes en reconversion étant très majoritairement présentes dans ce type de formation. 

Il sera donc, de ce fait, primordial de considérer que ces apprenants sont certes juniors dans la technique mais ont acquis de très bonnes compétences personnelles transversales de par leur passé. La personne issue de ces formations accélérées pourra, par exemple, présenter un niveau de maturité professionnelle supérieure à ce que le terme « junior » sous-entend. On sait également très souvent reconnaître des candidats très motivés dans ce type de formation. Leurs expériences passées leur ont permis d’appréhender « les lois du marché du travail » et les difficultés qui y sont liées.

Aux recruteurs de savoir lire entre les lignes et d’aller au-delà du paragraphe formation, car dans sa grande majorité, ce public fait preuve d’un investissement très important dans la mise à jour de leur connaissance, leur veille, et le suivi de formation en ligne. Et ce quelques fois, malheureusement, par simple soucis de prouver leur légitimité dans le métier. 

Reste que la critique ou le reproche qui peut être fait à ce type de formation est que ces « faux autodidactes » ont une très bonne connaissance de l’arbre mais pas de la forêt. Quelle qu’elles soient, ces formations ne prétendent pas concurrencer les formations d’ingénieur. 

Les profils issus des formations classiques apprennent à avoir une logique de réflexion et une approche globale. Ce qui leur ouvre les portes de presque l’ensemble des métiers du numérique. Les troncs communs dispensent un savoir généraliste du métier et de son secteur. En général, les deux premières années de cursus leur permettent de traiter les fondamentaux en informatique algorithmique, le S.I., les bases de données, les mathématiques, les langues, le monde socio-économique, l’I.A., l’analyse de données, l’informatique décisionnelle, … Et seule la dernière année leur permettra d’appréhender une spécialisation. 

A la vue de l’ensemble de ces savoirs dispensés, il est donc bien évident que l’on ne recrutera pas une personne issue d’une formation dite « généraliste » de l’informatique de la même manière qu’une personne issue d’un « BootCamp », ou de tout autre type de formation accélérée.

Reste donc aux employeurs et recruteurs de se poser les bonnes questions face à leurs besoins, et de se demander si l’on a forcément besoin d’un collaborateur issu d’une école d’ingénieur. Une fine analyse du besoin, de son contexte, des tâches qui seront confiées à la personne et du potentiel d’évolution du poste sont quelques clés qui permettront de chercher la bonne personne et ainsi de s’autoriser à sortir des sentiers battus.